Rêve et Sagesse

La psychologie émane de la tradition philosophique ; la recherche de la sagesse est inséparable de la
recherche du bonheur, but de toutes les thérapies analytiques.
« La sagesse suprême doit envahir le corps pour y brûler les racines des maladies. Elle doit laver le
cœur de toute crainte, de toute haine. Enfin, la sagesse suprême doit illuminer l'esprit, pour y réveiller
la vision intuitive de l'absolu » nous dit le philosophe contemporain François Brousse (conférence).

 

L’onirothérapie :
L'étude des rêves peut actuellement être considérée en tant que voie psychanalytique et spirituelle de
transformation intérieure. Il s'agit là d'une méthode à la fois universaliste et interdisciplinaire.
L'onirologie (du grec oniros : rêve) est un extraordinaire outil de connaissance de Soi. Parce que l'être
humain peut rêver de n'importe quel thème, l'histoire nocturne aborde tous les sujets. Lorsque le
chercheur décrypte les diverses grilles analytiques le rêve devient le support psychanalytique le plus
ludique, l'instrument privilégié qui nous pousse sur la voie de la réalisation intérieure.
Le rêve, comme l’a si bien dit Sigmund Freud est la voie royale de l’inconscient mais aussi, comme l’a
démontré ensuite Jung, la voie divine de l’accession au supra conscient. Le « Connais-toi toi-même et
tu connaîtras l’univers et les dieux » (inscrit au fronton du temple de Delphes) correspond au travail
de sagesse du rêve.
Durant 25 ans de pratique en cabinet je me suis efforcé d’aller voir le fonctionnement dans les rêves
des théories des grands psychanalystes (Freud, Adler, Jung, Lacan...) ; j’ai utilisé pour cela l’univers
onirique à travers les récits de mes clients. Ainsi, j’ai pu trouver le symbolisme des phases de la vie
(intra-utérine, ombilicale, anale, orale, sexuelle, enfance, jeunesse, maturité, vie et mort et bien
d’autres choses) ; j’en ai découvert le fonctionnement dans les rêves.
Par exemple la vie intra utérine est souvent représentée par le bain (retour au bain amniotique). La
peur de l’eau dans les rêves code ce que vivait psychologiquement la mère de difficile à cette époque
(ses peurs, ses angoisses, ses difficultés conscientes et inconscientes). La peur du raz de marée, du
déluge, de l’eau glacée ou brûlante, de poissons agressifs, de navires de guerre, etc. montrent les
perturbations vécues neuf mois dans ce moule qu’est le ventre maternel.

 

Les interprétations des rêves :
Dans les rêves nous voyons tout ce qui est lié à notre structure psychologique et familiale de l’enfance
ainsi que les tendances de nos structures (pathologiques, psychosomatiques, du couple intérieur, du
couple de la réalité, sexuelle, transférentielle, sociale, de communication...). La lecture des rêves se
fait à l’aide d’un certain nombre de grilles (alchimie, astrologie, physiologie énergétique et subtile de
l’Inde, tarologie, philosophie chinoise, diverses mythologies, livre de la nature, métaphysique
universelle...). Les symboles de toutes ces traditions défilent toujours dans le même ordre selon un
cheminement universel et gravitent autour de la personnalité unique de chaque être humain permettant
à l’analyste de lire où se situe le sujet en thérapie et de lui montrer sa progression. Nous comprenons
ainsi que chaque être a sa particularité mais fait partie d’un même groupe social « l’être humain
terrestre ».
Cette universalité des systèmes étudiée à travers la circulation et les mouvements dans l’espace du
rêve entraîne, l'élargissement du champ de conscience. La compréhension du rêve ne suffit pas pour
une métamorphose bénéfique ; le rêveur doit encore intégrer cette compréhension pour se transformer.
Les rêves alors ne répètent plus les mêmes messages mais apportent d'autres informations. Les
couches de l'inconscient sont (selon les philosophies de l'Inde) les fameux voiles de l'illusions (ou
Maya).

 

Le rêve, message de l’inconscient et du supraconscient :
Le rêve apporte chaque jour un nouveau message adressé à notre conscience. Chaque rêve est la suite
de l’autre, il s’interprète au moins de sept façons différentes et complémentaires. Tout ce qui apparaît
dans le rêve est aussi une image de soi (bien sûr il y a d’autres interprétations en parallèle).
L'étude des symboles et des archétypes permet de comprendre la relation existante entre l'homme et
l'univers et la façon pour l'homme d'atteindre un meilleur équilibre en s'harmonisant avec les lois
cosmiques. L'étude de nos rêves permet de découvrir la théorie métaphysique, de comprendre les voies
initiatiques, la théorie karmique et les techniques subtiles d'extase.
Le rêve permet de vérifier la connaissance psychologique et de compléter la méthode psychanalytique
en la transformant en une voie initiatique.
«Freud nous apporte cette idée parfaitement fausse et parfaitement vraie qu'il y a dans notre
inconscient deux puissances éternelles qui sont l'Amour et la Mort, la Luxure et la Haine – l'Érotisme
et l'Agressivité, qui sont comme il le dit fort bien Éros et Thanatos.
Son message est parfaitement vrai mais il est parfaitement incomplet. Car il y a une troisième force,
une force divine, qui est en nous et qui est l'élan vers la perfection, l'élan vers la beauté, l'élan vers la
justice... ».
(extrait de conférence inédite du philosophe François brousse1 )
L'onirologie est la voie initiatique par excellence de la connaissance de soi, des autres et du
monde ; elle peut aussi apporter progressivement une réponse tendant à être complète au
questionnement sur nos existences ; sur notre essence, notre raison d'être et notre devenir.
La sagesse onirothérapeutique c’est l’introspection journalière et sa mise en application, devenir
meilleur grâce aux messages oniriques. La magie divine consiste à pratiquer la méditation pour obtenir
les rêves les plus fantastiques, merveilleux et transcendants. Par le moyen du rêve et de la méditation
nous pouvons : converser avec les morts et les maîtres, étudier l’avenir, le ciel étoilé et le cosmos,
sortir de notre corps, étudier le fonctionnement du prémonitoire et du divinatoire... Comment étudier
le libre arbitre face à l’apparent déterminisme de notre vie ? La Connaissance infinie de la Vérité est,
plus abordable que dans tout autre domaine, par l’univers des rêves. Les rêves sont reliés au
symbolisme, aux mythes et aux mythologies universelles. La création trouve dans le rêve et la
méditation son indépassable et inégalable réservoir imaginatif. Le rêve ne s’arrête pas au
psychologique ; il permet la créativité en de nombreux domaines car il est d’une grande richesse
imaginative et créatrice si on l’utilise en ce sens.
Dans l’ouvrage « Rêve et Psychothérapie » j’ai développé les concordances entre la psychologie et la
spiritualité, qui m’apparaissent indissociables.

 

Le rêve, philosophie de l’Etre.
La psychologie et la psychothérapie sont issues comme nous l’avons vu de la recherche philosophique
de la sagesse. Jung explique (dans « Les racines de la conscience - Ed. Buchet/Chastel – Paris 1978) :
« Notre intellect a réalisé des prodiges et, pendant ce temps, notre demeure spirituelle est tombée en
ruines... Finalement nous exhumons la sagesse de tous les temps et de tous les peuples et découvrons
que ce qu’il y a de plus cher et de plus précieux est dit depuis longtemps dans le plus beau des
langages. Tels des enfants avides, nous tendons les mains vers ces richesses et croyons que si nous les
saisissions, nous les posséderions aussi. Mais ce que l’on possède n’a plus de valeur... Toute cette
possession se transforme en eau et plus d’un apprenti sorcier a fini par se noyer dans ces eaux qu’il a
lui-même appelées à moins qu’il n’ait auparavant succombé à la folie salvatrice de penser que telle
sagesse est bonne et telle autre mauvaise. C’est parmi ces adeptes que se recrutent ces malades
angoissants qui croient avoir une mission prophétique à remplir. Car cette séparation artificielle de la
vraie et de la fausse sagesse fait naître une tension de l’âme, une solitude et une passion analogues à
celles du morphinomane qui espère toujours rencontrer des compagnons de vice ».
Pour décrypter les rêves avec sagesse il convient d’interpréter le plus juste possible. La bonne vieille
méthode scolaire consiste à étudier la thèse, l’antithèse et de faire la synthèse. Pour l’étude d’un rêve
(ou d’une série de rêves il en va de même. Il fallait, par conséquent, mettre au point une méthodologie
visant l’approche totale. C’est le défi du livre « Rêve et Psychothérapie ».
Pour donner la signification précise d’un rêve j’ai mis au point l’analyse taoïste du rêve consistant à
chercher les aspects positifs du rêve puis les aspects négatifs et enfin d’en faire la synthèse.
Avec ses deux approches l’interprétation plurielle et synthétique et l’analyse taoïste nous avons à notre
disposition un système assez complet (et ouvert au cas où d’autres chercheurs trouveraient d’autres
interprétations). Nous sommes loin d’une approche intuitive ou clé des songes ; mais l’intuition peut
encore être utilisée (à condition d’avoir mis en œuvre auparavant la déduction analytique) pour savoir
ce qu’il faut dire, ne pas dire et comment le dire.

 

Exemple de rêve d’une jeune femme : « Je suis avec un homme ou une femme qui doit être mon
initiateur ou initiatrice. Nous sommes devant de l’eau puis devant du sable et il faut faire corps avec
un serpent géant. Il s’agit à la fois de rentrer dans le corps du serpent par sa bouche et que le serpent
entre en nous ? Je n’ai pas vraiment confiance, ayant peur d’être mordue par ce serpent au venin
mortel ou de ne pas ressortir de son corps. Une fille passe avant moi sans hésiter et j’admire sa
volonté. En fin de compte je ne le fais pas et mon initiateur me tient l’épaule en me disant que je
n’étais pas obligée de passer par cette étape. Au même moment je vois les dunes et à la fois l’océan
avec ces jolies plantes et animaux. Puis nous sommes à l’opposé de l’endroit initial où nous attendons
le retour de la jeune fille et du serpent. Je ressens dans mon corps tout ce que l’initiée a reçu, le
passage dans le serpent montant en elle. Je l’aperçois, elle arrive de sous terre, peut être par un puit.
Puis on voit l’énorme serpent bienfaisant qui sort sa tête du sol, ouvre sa gueule et crache un venin
magique et bénéfique : une pluie d’or. Nous sommes plusieurs à assister à la scène, nous allons
ramasser les étincelles, les paillettes et les lingots d’or. J’en trouve beaucoup, c’est magnifique. Je
comprends que c’est ça que sert l’initiation au serpent, à trouver des lingots d’or ».

 

Interprétation : La nature androgyne du thérapeute « initiateur ou initiatrice » figure les aspects
unifiés de la fonction maternelle et de la fonction paternelle indispensables dans tout travail
psychologique. Si nous prenons l’interprétation psychologique de l’enfance, le rêve montre bien la
phase d’incorporation réciproque se produisant à l’époque de l’oralité où le bébé « vampirise » sa
mère et où la mère « vampirise » son bébé ; le bébé en tétant sa mère et la mère en se nourrissant
psychologiquement de l’enfant. Ce serpent semble avoir un venin mortel car il code la mère phallique
aux aspects agressifs ; pourtant le rôle de ce serpent est important. La nature androgyne de ce reptile
réunit à la fois le père et la mère de la rêveuse en une fonction parentale unifiée. Symboliquement, il
incorpore comme une mère dévorante et pénètre comme le phallus du père (signalons que le phallus
du père ne code pas son pénis mais sa puissance phallique fantasmée toujours plus ou moins par le
bébé fille). Plus tard, à l’âge adulte cette incorporation se renouvelle dans le rapport sexuel où le pénis
de l’homme (serpent) est pris et absorbé par le vagin de la femme et où chacun prend dans ses bras,
entre ses jambes et contre son corps, le corps de l’autre. La rêveuse transfère naturellement cette image
de la mère sur son compagnon ainsi que sur son thérapeute. Dans la mystique l’initiateur et l’initié se
nourrissent aussi l’un de l’autre. Dans la physiologie du corps subtil nous savons aussi que l’énergie
universelle pénètre dans le corps aurique de l’adepte. Cette énergie peu à peu va entraîner la montée
d’une énergie suprême, de nature androgyne, la Kundalini (terminologie de l’Inde), du bas de la
colonne vertébrale jusqu’au sommet de la tête. Cette énergie est symbolisée par un serpent. Dans le
Caducée d’Hermès, baguette magique de guérison corps, âme, esprit, nous voyons deux serpents
entourant un bâton. L’axe central, de cet emblème du dieu guérisseur, montre le canal suchumna par
où monte la kundalini. Il est entouré par deux serpents codant les énergies Ida et Pingala, féminine et
masculine du corps subtil. Bien sûr dans les mythes les énergies du corps subtil sont symbolisées par
leur nature paradoxale, ange et démon. Le serpent représentant aussi bien le Mal (dans le mythe
Biblique de la Genèse et dans bien d’autres mythes) et le bien (en tant qu’initiateur ou maître
spirituel). La fille rencontrant le serpent en premier code une amie de la rêveuse qui dans la réalité a
commencé sa thérapie depuis plusieurs années et qui lui a fait connaître le psychanalyste onirologue.
Le passage souterrain de la jeune fille et du serpent et leur sortie du puit dessine le voyage
psychopompe de la rêveuse ; cette descente de la femme en elle-même est accompagnée du besoin
d’être comblée avant de renaître. Puis, la pluie d’or évoque celle de Zeus fécondant Danaé. Il s’agit
bien sûr, pour la jeune femme, d’un désir de fécondation spirituelle (et dans l’inconscient du désir
naturel pour une femme d’être fécondée physiquement par l’homme ; ce désir d’avoir un enfant de
chair n’est pas pour le moment consciemment celui de la rêveuse). Le serpent distribuant les lingots
d’or à plusieurs personnes figure les cadeaux du compagnon, de l’analyste ou du maître intérieur de la
jeune femme. Ils indiquent certainement de façon prémonitoire ses succès professionnels et spirituels.
Les lingots d’or codent un développement supérieur de la Connaissance et l’Intelligence. Tous ceux
qui vont ramasser ce trésor représentent plusieurs parties de la rêveuse mais aussi les autres personnes
travaillant avec le même psychothérapeute spiritualiste. Le désir d’unification n’est pas un désir
fantasmatique de fusion amoureuse mais d’unité d’Amour (ce qui n’est pas la même chose) ; il ne faut
pas confondre l’amour besoin et l’Amour Vrai. La fusion est un besoin fantasmatique ; l’unification
est un androgynat métamorphique. La Sagesse du Serpent est en rapport avec celle de l’Initiateur
distribuant l’énergie et la connaissance divine par amour ; c’est la Kundalini parachevant l’ouverture
des chakras (centres d’énergie subtile) permettant la transformation corps, âme, esprit de l’être
humain. Pour la femme la bonne relation au serpent symbolise à la fois la recherche et l’acquisition de
la qualité relationnelle à l’homme et le développement de la Connaissance (et par conséquent
l’accession progressive à la Sagesse).
Le travail sur les rêves concilie l'approche psychologique et thérapeutique et la démarche mystique. Le
rêve devient alors une voie royale complète, chemin de l'évolution humaine et spirituelle.